Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 (PLFSS 2027), présenté le 1er octobre 2026 en Conseil des ministres par le gouvernement de Sébastien Lecornu, prévoit une réduction de 600 millions d’euros des dépenses consacrées à l’allocation de rentrée scolaire (ARS). Une annonce qui inquiète les près de 3 millions de familles bénéficiaires de cette aide. Montants actuels, pertes potentielles, publics concernés et calendrier : voici le point complet sur une réforme encore en discussion.

Qu’est-ce que l’allocation de rentrée scolaire (ARS) ?

L’ARS est une aide financière versée une fois par an aux familles ayant des enfants scolarisés de 6 à 18 ans. Elle est attribuée sous condition de ressources et payée par la CAF (Caisse d’allocations familiales), ou par la MSA (Mutualité sociale agricole) pour les foyers relevant du régime agricole. Son rôle : aider à couvrir les dépenses de fournitures, de matériel et de vêtements engendrées par la rentrée.

Pour la rentrée scolaire 2026-2027, l’ARS a été revalorisée de 0,9 % (certaines sources indiquent 0,8 %), soit une hausse d’environ 4 euros par enfant par rapport à 2025. Les montants 2026 s’élèvent à 426,87 € pour un enfant de 6 à 10 ans, à 450,41 € pour un enfant de 11 à 14 ans et à 466,02 € pour un adolescent de 15 à 18 ans.

Cette ARS 2026 a été versée le mardi 18 août 2026 en métropole, en Guadeloupe, en Guyane et en Martinique, et le 4 août 2026 à Mayotte et La Réunion. Près de 3 millions de familles en ont bénéficié, pour plus de 5 millions d’enfants. Bonne nouvelle pour les allocataires : cette ARS 2026 n’est pas concernée par la baisse envisagée pour 2027.

L’éligibilité dépend des revenus du foyer. Pour la rentrée 2026, ce sont les revenus de l’année 2024 qui sont pris en compte. Le plafond de ressources est fixé à 28 956 € pour un enfant, 35 638 € pour deux enfants et 42 320 € pour trois enfants.

Une prestation au cœur du budget des familles modestes

L’ARS a connu des évolutions contrastées au fil des années. En 2012, elle avait bénéficié d’une majoration exceptionnelle de 25 %, soit une augmentation d’environ 75 euros par enfant. En 2014, elle a profité à 3 089 330 familles et 5 millions d’enfants, pour une dépense avoisinant 1,96 milliard d’euros.

Dix ans plus tard, la facture a continué de progresser : l’ARS a coûté 2,175 milliards d’euros en 2024. Cette montée en charge explique en partie pourquoi la prestation est devenue une cible dans la recherche d’économies budgétaires.

Le projet de budget 2027 : 600 millions d’euros d’économies sur l’ARS

Le PLFSS 2027 a été présenté le jeudi 1er octobre 2026 en Conseil des ministres par le gouvernement de Sébastien Lecornu. Parmi les mesures les plus commentées : une réduction de 600 millions d’euros des dépenses consacrées à l’allocation de rentrée scolaire.

L’ampleur de la coupe est considérable. Rapportée au coût de l’ARS en 2024 (2,175 milliards d’euros), la baisse visée représente plus d’un quart de l’enveloppe actuelle. C’est l’une des économies les plus significatives du volet famille de ce projet de budget.

Cette mesure s’inscrit dans la trajectoire de réduction du déficit de la Sécurité sociale. Selon le gouvernement, ce déficit passerait de 21,8 milliards d’euros attendus en 2026 à 12,7 milliards d’euros en 2027 si le PLFSS est adopté en l’état.

Le « recentrage » selon l’âge : la grande inconnue

Le gouvernement évoque un « recentrage » de l’ARS sur les besoins spécifiques des enfants selon leur âge, sans préciser les nouveaux critères à ce stade. L’idée sous-jacente : un enfant qui entre au primaire n’a pas les mêmes dépenses qu’un lycéen, et l’aide devrait refléter ces différences.

C’est la question centrale que se posent les parents : quelles tranches d’âge seraient favorisées, et lesquelles seraient pénalisées ? Pour l’heure, l’exécutif n’a communiqué aucun barème, aucune grille par âge ni aucun scénario chiffré. Il faudra attendre les débats parlementaires, et les amendements qui les accompagneront, pour connaître le dispositif précis retenu.

Un gel des prestations familiales qui s’ajoute à la baisse de l’ARS

La baisse de l’ARS n’arrive pas seule. Le PLFSS 2027 prévoit également de maintenir en 2027 les prestations familiales, dont les allocations familiales, à leur niveau de 2026, sans revalorisation au 1er avril. Ce gel doit permettre d’économiser environ 500 millions d’euros.

Or, chaque année au 1er avril, les prestations servies par la CAF et la MSA sont normalement ajustées en fonction de l’inflation, sur la base de la base mensuelle de calcul des allocations familiales (BMAF). C’est ce qui s’est produit en 2026 : les prestations ont été revalorisées de 0,8 % au 1er avril 2026, selon l’instruction interministérielle n° DSS/2B/2026/46 du 20 mars 2026. En 2027, cette revalorisation n’aurait tout simplement pas lieu.

Au total, les économies prévues sur les prestations familiales atteindraient 1,6 milliard d’euros en tenant compte des différentes mesures du PLFSS 2027.

Une double peine possible pour les mêmes familles

Une même famille pourrait donc perdre deux fois en 2027 : d’abord via le gel des prestations au printemps, ensuite via la baisse de l’ARS au versement d’août. Pour les foyers qui cumulent allocations familiales et ARS, le cumul des deux mesures représenterait un manque à gagner réel sur l’ensemble de l’année.

Autre mesure sensible du texte : le PLFSS 2027 propose de conditionner l’ouverture de certains droits aux prestations familiales et aides au logement à une durée minimale d’un an de résidence régulière en France pour certains ressortissants hors Union européenne.

Combien les familles pourraient-elles perdre ? Simulation par tranche d’âge

En l’absence de critères officiels, une simulation d’une baisse uniforme de 27,6 % (le taux nécessaire pour atteindre les 600 millions d’euros visés) permet de mesurer l’ordre de grandeur des pertes potentielles. Voici ce que donnerait ce scénario, tranche d’âge par tranche d’âge :

  • Enfant de 6 à 10 ans : l’ARS passerait de 426,87 € à 309,11 €, soit une perte de 117,76 € par enfant
  • Enfant de 11 à 14 ans : l’ARS passerait de 450,41 € à 326,16 €, soit une perte de 124,25 € par enfant
  • Adolescent de 15 à 18 ans : l’ARS passerait de 466,02 € à 337,46 €, soit une perte de 128,56 € par enfant

Attention : il s’agit d’une hypothèse de travail, pas d’un barème officiel. Si le gouvernement opte finalement pour un recentrage par âge plutôt que pour une baisse uniforme, certaines tranches pourraient être plus ou moins touchées, voire épargnées.

Perte potentielle selon la composition de la famille

En cumulant les pertes par enfant, le manque à gagner devient rapidement conséquent, notamment pour les familles nombreuses :

  • Famille avec 1 enfant : entre 117,76 € et 128,56 € de perte annuelle sur l’ARS
  • Famille avec 2 enfants : entre 235,52 € et 257,12 € de perte annuelle
  • Famille avec 3 enfants : entre 353,28 € et 385,68 € de perte annuelle

À ces montants s’ajouterait le manque à gagner lié au gel des allocations familiales, c’est-à-dire la revalorisation annuelle non versée au 1er avril 2027. Ce second effet est plus difficile à chiffrer car il dépend du nombre et de l’âge des enfants, mais il vient alourdir la facture pour les mêmes foyers.

Qui serait concerné par cette réforme et qui serait épargné (RSA, AAH, minimum vieillesse) ?

Seraient concernées toutes les familles qui perçoivent l’ARS, c’est-à-dire celles dont les revenus se situent sous les plafonds en vigueur : 28 956 € pour un enfant, 35 638 € pour deux enfants, 42 320 € pour trois enfants. Autrement dit, des foyers modestes et des classes moyennes populaires.

En revanche, les minima sociaux seraient préservés. Le RSA, l’allocation aux adultes handicapés (AAH) et le minimum vieillesse ne seraient pas concernés par le gel et continueraient de suivre l’inflation. Une ligne de démarcation qui protège les publics les plus fragiles, mais qui laisse les familles allocataires de la CAF et de la MSA en première ligne.

Le projet de conditionner certains droits à une durée minimale d’un an de résidence régulière en France pour certains ressortissants hors Union européenne constitue l’autre point de vigilance. Si cette disposition est adoptée, elle priverait certains foyers de l’accès aux prestations familiales et aux aides au logement dès leur arrivée en France.

Des inquiétudes se font déjà entendre, notamment du côté des associations familiales comme l’UNAF, sur l’impact de ces coupes pour le pouvoir d’achat des ménages. Les débats parlementaires s’annoncent serrés.

Calendrier : quand cette baisse pourrait-elle entrer en vigueur ?

Rien n’est acté à ce stade. Les mesures du PLFSS 2027 doivent encore être débattues et votées par les députés puis les sénateurs avant d’entrer en vigueur. Comme chaque automne, le texte sera examiné d’abord à l’Assemblée nationale, puis au Sénat, avec des allers-retours possibles entre les deux chambres.

Plusieurs scénarios restent ouverts. Les parlementaires peuvent amender le texte, réduire la baisse, la moduler autrement ou la supprimer. Si le gouvernement ne dispose pas d’une majorité pour faire adopter le budget de la Sécurité sociale, il pourrait recourir à l’article 49.3 de la Constitution, au risque d’une motion de censure. L’ampleur finale de la réforme dépendra donc des rapports de force au Parlement.

Si le PLFSS est adopté en l’état avant la fin de l’année 2026, le gel des prestations s’appliquerait au 1er avril 2027 et la baisse de l’ARS se ferait sentir au versement d’août 2027, pour la rentrée scolaire suivante.

Que peuvent faire les familles dès maintenant ?

  • Vérifier son espace personnel CAF ou MSA : s’assurer que les ressources déclarées et la composition familiale sont à jour, car elles conditionnent l’éligibilité
  • Anticiper le budget de la rentrée 2027 : provisionner progressivement une partie des dépenses scolaires pour ne pas dépendre uniquement de l’ARS
  • Suivre les débats parlementaires : les amendements adoptés en séance modifieront peut-être les montants définitifs
  • Conserver ses justificatifs : certificats de scolarité, avis d’imposition et autres documents seront utiles pour la campagne ARS 2027

Tant que le Parlement n’a pas voté, l’ARS reste due dans les conditions actuelles. Toute baisse n’interviendrait qu’après l’adoption définitive du PLFSS 2027.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'allocation de rentrée scolaire (ARS) et qui peut en bénéficier ?
L'ARS est une aide annuelle versée par la CAF (ou la MSA) aux familles ayant des enfants scolarisés de 6 à 18 ans, sous condition de ressources. Pour la rentrée 2026, les revenus de 2024 ne doivent pas dépasser 28 956 € pour un enfant, 35 638 € pour deux enfants et 42 320 € pour trois enfants. Près de 3 millions de familles en ont bénéficié en 2026.
L'allocation de rentrée scolaire va-t-elle vraiment baisser en 2027 ?
Rien n'est acté à ce stade. Le PLFSS 2027 prévoit bien une réduction de 600 millions d'euros des dépenses consacrées à l'ARS, présentée comme un « recentrage » selon l'âge des enfants. Mais le texte doit encore être débattu et voté par les députés puis les sénateurs avant d'entrer en vigueur.
Quel est le montant de l'ARS 2026 avant toute baisse ?
Pour la rentrée scolaire 2026-2027, l'ARS s'élève à 426,87 € pour un enfant de 6 à 10 ans, à 450,41 € pour un enfant de 11 à 14 ans et à 466,02 € pour un adolescent de 15 à 18 ans. Elle a été revalorisée de 0,9 % par rapport à 2025, soit environ 4 euros de plus par enfant.
Combien les familles pourraient-elles perdre avec la réforme envisagée pour 2027 ?
Selon une simulation d'une baisse uniforme de 27,6 %, la perte serait de 117,76 € par enfant de 6 à 10 ans, de 124,25 € par enfant de 11 à 14 ans et de 128,56 € par adolescent de 15 à 18 ans. Pour une famille avec trois enfants, le manque à gagner atteindrait entre 353,28 € et 385,68 €. Il s'agit toutefois d'une hypothèse, pas d'un barème officiel.
Le gel des allocations familiales et la baisse de l'ARS sont-ils liés ?
Oui, les deux mesures figurent dans le même PLFSS 2027. Le gel des prestations familiales à leur niveau de 2026 doit économiser environ 500 millions d'euros, et la baisse de l'ARS 600 millions. Une même famille pourrait donc être touchée deux fois en 2027 : par le gel au 1er avril, puis par la baisse de l'ARS en août.
Quand cette mesure sera-t-elle définitivement adoptée ou rejetée ?
Le PLFSS 2027 sera examiné à l'Assemblée nationale puis au Sénat à l'automne 2026. Si le texte est adopté avant la fin de l'année, le gel s'appliquerait au 1er avril 2027 et la baisse de l'ARS au versement d'août 2027. D'ici là, des amendements, un éventuel recours au 49.3 ou une motion de censure peuvent encore changer la donne.
Les minima sociaux comme le RSA ou l'AAH sont-ils concernés par cette baisse ?
Non. Le RSA, l'allocation aux adultes handicapés (AAH) et le minimum vieillesse ne seraient pas concernés par le gel des prestations et continueraient de suivre l'inflation. Le gel et la baisse visent les prestations familiales, dont l'ARS et les allocations familiales.